BRUITS et CHAUVES-SOURIS. Comment les chiroptères évoluent-elles dans un environnement sonore anthropique de plus en plus bruyant ?



La pollution sonore du bruit anthropique a plusieurs origines, du développement urbain, à l’extraction de ressources, à l’expansion des réseaux de transport, ou encore à diverses activités de loisirs bruyants.

Des études réalisées en Amérique montrent que même les zones de nature sauvage isolées ne sont pas à l’abri du bruit des transports et que les niveaux de bruit typiques dépassent largement les niveaux de bruit ambiant naturel (Barber et al., 2010 ; Fristrup, 2015).

Les formes des bruits générés par nos sociétés diffèrent des sons naturels (composition de fréquence, distribution spatiale, etc.).

Le bruit anthropique a un impact négatif sur la faune.

Concernant les chauves-souris, ces bruits d’origine humaine les affectent tant dans leur état de torpeur ou de repos, que dans leur activité nocturne élémentaires de recherche de nourriture.

Par exemple chez la chauve-souris cendrée (Lasiurus cinereus), vivant outre Atlantique, des études ont identifié que le bruit de la circulation altérait ses performances pour rechercher sa nourriture, jusqu’à plus de 60m de distance des routes (Siemers et Schaub, 2011).

Le bruit anthropique affecterait les différentes espèces, voire individus d’espèces, selon divers mécanismes :

-  Par un phénomène de masquage sonore. Pour les espèces qui chassent à l’écoute des sons produits par les insectes-proies, comme c’est le cas par exemple de nos petits et de nos grands murins (Myotis myotis et Myotis blythii). Les sons générés par les proies se superposent spectralement au bruit anthropique (Schaub et al., 2008).

Ce masquage intervient également pour les espèces qui chassent à l’écho avec les ultrasons (entre 10 et 110 kHz *) émis et reçus pour trouver leur nourriture. On le comprend dans le cas où une le bruit perçu du trafic routier à 15 m de distance d’une autoroute peut atteindre des fréquences voisines de 30 kHz, couvrant ainsi l’analyse des échos reçus par certaines espèces de chauves-souris.

- Par le phénomène de « on ne peut pas tout faire en temps ». L’attention, pour une chauve-souris en quête de nourriture, est supposée dispersée lorsque le bruit anthropique supplémentaire intervient en plus de la recherche de proies à détecter, localiser et attraper (Purser and Radford, 2011).

- Par génération de stress et de comportement d’évitements associés.

Les différentes espèces de chauves-souris ayant des régimes alimentaires, des milieux et des stratégies de chasse différents les unes des autres, ces mécanismes pouvant être valables chez une espèce, ne seront pas nécessairement les mêmes chez une autre.

Chez le murin de Daubenton, le masquage acoustique de la pollution sonore ne semble pas, ou moins affecter ses capacités de recherche d’alimentation que la génération du stress induisant l’évitement de la zone bruyante même s’il y a des insectes…engendrant ainsi une diminution de forme physique.

L’atteinte au bruit liée à la survie et à la reproduction des animaux passe par de multiples canaux comportementaux et écologiques. L’estimation du niveau des effets de la pollution sonore sur la faune est difficile, mais est de plus en plus documenté. Il doit être pris en compte et dans le doute, le principe de précaution s’impose.

N’oublions pas que les effets sont souvent cumulés avec les dérangements et autres destructions générées par les pollutions lumineuses, pesticides et autre panel d’atteintes variées sur les écosystèmes !

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Pour aller plus loin, les références dans :

- LUO, Jinhong, 2015. Bats and ambient noise : From chatty neighbours to disturbing humans [Dissertation]. Konstanz : University of Konstanz, 134p.