Chauve-souris ou chauvesouris ? La réforme de l’orthographe est-elle passée par vous ?



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Peu de gens le savent, mais une évolution de notre orthographe a bien eu lieu dans notre pays, et, encore plus surprenant, elle a plus de vingt ans ! Le Rapport sur les rectifications de l’orthographe française a été publié au Journal Officiel le 6 décembre 1990. Rassurez-vous, ces rectifications sont modestes et ne modifient en rien les exceptions des mots en –ou qui prennent –x au pluriel (comme hibou, pou, genou… vous connaissez la liste par cœur !)

Pas de panique !

L’orthographe du français est une des plus difficiles, avec celle de l’irlandais et du tibétain ; nous ne risquons donc pas d’en dénaturer les subtilités en supprimant quelques accents circonflexes ou quelques traits d’union, qui d’ailleurs ont une origine plus que suspecte ! La plupart des rectifications sont ainsi des régularisations d’anomalies (je les marque d’un *).

Ainsi, on est désormais autorisé (et même encouragé) à écrire portemonnaie, chauvesouris, gite, flute, bruler, couter et couteux, complètement*, maitre et maitresse, ile, sècheresse*, évènement*, diner, dégout, dégouter, aout, assoir*, révolver (avec un –s au pluriel, le mot étant donc totalement francisé), fraiche… et donc chauvesouris que vous trouverez sous ses 2 formes, ancienne et moderne, sur notre site. Avouez que, pour certains mots de cette liste, vous ne voyez pas où est le changement ?!?

Notons que la plupart des accents circonflexes disparaissent (gite à chauvesouris), sauf ceux qui servent à distinguer les homonymes, comme sur/sûr ou mur/mûr, ou encore les très redoutés ou/où et a/à !

Gardons l’esprit ouvert !

L’orthographe a toujours suivi l’usage des populations, avant de devenir une discipline qui exclut au point que, dépités, certains l’ont baptisée « la science des ânes », car elle prend tellement la tête qu’elle empêche d’atteler son esprit et son intelligence aux vrais problèmes de ce monde (en particulier aux problèmes d’environnement !).

Chez nous, la question fait encore débat : chauve-souris ou chauvesouris ? L’usage validera probablement un jour dans les dictionnaires usuels la forme la plus récente – car il est vrai que les chiroptères n’ont rien à voir, du point de vue du naturaliste, avec les souris, chauves ou pas !

En attendant, les 2 formes sont acceptées, et la plus récente, « chauvesouris », a l’avantage de vous épargner le douloureux problème de l’accord au pluriel du mot composé (une règle difficile de plus que je me garde bien de vous rappeler, car pour ma part, mon choix est fait). Une bonne raison de choisir « chauvesouris », pour enfin ne plus y penser !

Des règles ou des cilices ?

Ne faisons pas de notre orthographe une nouvelle religion, où la FAUTE rend coupable ! En 1820 déjà on trouvait que le niveau en orthographe des élèves offrait «  la preuve d’une honteuse ignorance  »(1). Il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’elle sert aussi à l’élite à se distinguer du « bas peuple » qui, occupé à gagner difficilement sa croute, n’a pas le temps nécessaire à l’application de ce code aux difficultés parfois arbitraires et révoltantes : par exemple, pourquoi je jette mais je complète alors que les 2 infinitifs n’ont qu’un t ? Alors… êtes-vous de ceux qui veulent un retour au bel françois des origines ?

A.C.

Article écrit par une professeure de français, qui relit souvent les articles ici publiés ;-)

. . NOTE (1) : voir C. Baudelot et R. Establet, Le Niveau monte. Réfutation d’une vieille idée concernant la prétendue décadence de nos écoles, Ed. du Seuil, p. 10 et suivantes, 1989.


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