Epandage en agriculture de boues d’épuration urbaines. Prise de position de la CPEPESC



Janvier 2000

En l’état actuel des connaissances, la CPEPESC ne peut que s’opposer à l’épandage sur les terres agricoles, des boues produites par les stations d’épuration des agglomérations recevant également des eaux industrielles.

Ces boues contiennent d’innombrables éléments plus ou moins toxiques issus des industries et des produits chimiques. Ils peuvent interférer entre eux, devenant ainsi encore plus dangereux pour les êtres vivants et les consommateurs à travers la chaîne alimentaire. Il n’existe aucune preuve formelle de la totale innocuité des éléments ainsi disséminés dans les sols exploités par l’agriculture.

PDF - 235.8 ko
C’est en 1999, que cette opposition à été formulée à l’occasion du "colloque bidon" de Besançon sur l’épandage des boues

On ne sait quantifier par l’analyse que certaines molécules (métaux lourds, PCB,..) parmi toutes celles rejetées dans les égouts ; les effets à long et moyen termes en sont inconnus actuellement (mutagènes, tératogènes, cancérogènes, ...). Les analyses de " surveillance " ne concernent que quelques échantillons prélevés sur la masse des boues, par les exploitants eux-mêmes, et ne sont donc pas fiables et représentatifs.

Ces boues ne sont pas nécessaires à l’agriculture qui dispose déjà d’assez de fertilisants naturels organiques (lisier, purin, fumier), qu’elle laisse trop souvent se perdre dans les rivières ou le sol.

L’utilisation comme engrais de ces boues s’oppose à la production de produits sains dont la traçabilité sera de plus en plus exigée par le consommateur. Celui-ci peut juger paradoxal de voir son " garde-manger " servir de poubelle, d’autant que les sols agricoles sont déjà suffisamment pollués (herbicides, insecticides, fongicides, engrais chimiques).

- Il n’existe aucune police de l’environnement capable de faire respecter, par de vrais contrôles périodiques, les procédures d’épandage (épandages excessifs, chevauchement des zones d’épandage, non respect des plans d’épandage, épandages en période pluvieuse ou de neige, ou dans des zones inondables ou drainée ou captées..), comme on peut le constater trop souvent.

Ce sont les services de l’Etat eux-même qui ont reconnu au plus haut niveau cette situation dès 1999 : "La mission a constaté qu’en pratique, l’application des plans d’épandage n’était pas contrôlée" (Rapport sur la gestion et le bilan du programme de maîtrise des pollutions d’origine agricole, juil. 1999, Inspect. Générale des Finances, Comité permanent de coord. des inspections du Minist. Agriculture, page 35, § E).

Il n’existe pas non plus de police de l’environnement efficace pour surveiller les rejets industriels déversés à l’amont des stations d’épuration urbaines qui trop souvent en intoxiquent les boues.

L’information et l’incitation auprès des fabricants et des consommateurs à n’utiliser que des produits non toxiques, biodégradables et recyclables devraient être systématiques, et attachées à l’obligation de résultats.

C’est seulement après l’application d’un tel programme mettant fin à ces lacunes, que la valorisation agronomique des boues d’épuration urbaines serait envisageable. Ainsi, les agriculteurs pourraient rendre service à la collectivité en toute sécurité pour eux, leurs terres, et leurs productions dans l’intérêt de l’ensemble des citoyens.

En conclusion.

En l’état actuel des choses, l’association ne peut qu’être très réservée sur beaucoup de plan d’épandage de boues d’épuration à l’exception de ceux des petites agglomérations ne recelant aucune activité économique utilisant des produits chimiques ou dangereux susceptibles de polluer les boues.

.

.


NDLR :Les partisans de l’épandage des boues d’épuration sur les terres agricoles prétendent que ces boues sont contrôlées avant épandage. En fait des échantillons sont prélevés et analysés pour rechercher quelques éléments, essentiellement des métaux lourds. Et l’on ne risque pas de découvrir des molécules que l’on ne recherche pas.

Sur le terrain, ce sont en général la plupart du temps les Chambres d’agriculture qui sont subventionnées pour étudier les terrains d’épandage, assurer le suivi agronomique de l’épandage des boues et en vérifier la conformité par analyses, de conseiller les agriculteurs, de promouvoir l’épandage de boues...