ZONES HUMIDES : En Haute-Marne, des autorisations de drainage sont accordées au détriment des ces zones et des habitats d’espèces protégées



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Drainage des zones humides : On pensait cette pratique révolue !

C’était sans compter sur la cupidité de certains agriculteurs plus enclins à faire fructifier leur portefeuille qu’à réfléchir durablement. En Haute-Marne, particulièrement aux confins de ce département et de la Haute-Saône, le milieu agricole (une partie tout au moins) n’a pas compris que l’intensification à tout va le conduirait à sa perte, à une époque où la transition énergétique appelle à modifier notre façon de produire.

L’an dernier déjà, près d’une vingtaine d’hectares avaient fait l’objet d’un drainage sur la commune de Pressigny. Cette année, c’est à Fayl-Billot (mais aussi à Pierrefaites), non loin de la commune précédente, sur une surface équivalente que l’entreprise Girard Maitro s’adonne à son activité favorite pour le compte d’un énième GAEC.

Les surfaces peuvent être parfois bien plus importantes, plus de 100 ha par exemple sur l’unité hydrographique de la Voire : http://www.haute-marne.gouv.fr/content/download/8515/63356/file/rapport_CE.pdf.

Si des mesures compensatoires étaient proposées par les services de l’Etat, si les études préalables (diagnostic zone humide entre autres) étaient confiées à des organismes indépendants et si des contrôles étaient réalisés systématiquement par la police de l’eau, sans doute que l’impact du drainage serait limité.

Mais rien de tout cela malheureusement.

A Pressigny, sans notre intervention, les quatre mares du parcellaire drainé auraient fini par s’assécher inexorablement alors qu’elles présentaient un intérêt batracologique indéniable - la veille des travaux, le GAEC avait demandé à l’entreprise de rapprocher les drains de celles-ci contre l’avis des services de l’Etat. L’entreprise avait gentiment obtempéré.

A Fayl-Billot, mais également à Pressigny, le GAEC a eu l’idée savante de passer toutes les zones prairiales au glyphosate jusqu’aux abords d’une mare visible sur le parcellaire alors que chacun sait les effets des herbicides sur les milieux aquatiques et que de tels agissements sont contraires à la ZNT(*) fixée sur l’étiquette des produits herbicides.

(*) La Zone Non Traitée (ZNT) est une distance à respecter vis-à-vis des points d’eau lors de la pulvérisation. C’est une mention réglementaire qui accompagne l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) : elle est spécifique au produit et à son usage.

Comme si cela ne suffisait pas, sur ce même parcellaire, toutes les eaux de drainage collectées seront rejetées dans une forêt riveraine humide, sans décantation et filtration, directement dans une mare et un écoulement relié à celle-ci. C’est en tout cas le constat que la CPEPESC a réalisé ce printemps. Là encore, les habitats impactés ne sont pas dénués d’intérêts puisque 4 espèces d’amphibiens ont été recensées dont le, devenu trop rare, triton crêté.

Les premières victimes sont déjà à comptabiliser.

Avec l’augmentation subite de la charge en MES lors de la pose d’un exutoire de drainage, une mortalité massive de têtards a pu être relevée. On imagine ce que cela pourrait être lorsque le réseau sera en charge ou lors d’apports de polluants (intrants, phytosanitaires).

L’impact est d’autant plus dommageable que l’opération vise à rendre cultivable des parcelles précédemment exploitées en prairies. A Pressigny, des prairies classées permanentes au titre de la PAC ont même été supprimées.

La prairie constitue pourtant le milieu de vie de nombreuses espèces animales. Cet aspect a été complètement occulté lors de l’instruction des dossiers. Ce n’est pas un hasard si l’Europe propose depuis des années (dispositif de mesures du réseau NATURA 2000 mais également aides agricoles) la conversion, contre indemnisations, de cultures en prairies. Les premières n’ont cessé de progresser notamment mais pas seulement dans les espaces ordinaires contribuant à l’érosion de la biodiversité.

Et la CPEPESC n’a examiné que deux dossiers à ce jour…

deux dossiers particulièrement bien ficelés… dixit les services de l’Etat. Si tous les autres auxquels elle n’a pas encore eu connaissance sont encadrés de la même façon, les zones humides, les habitats, la faune et la flore associées n’ont qu’à bien se tenir.