Commission de Protection des Eaux, du Patrimoine, de l'Environnement, du Sous-sol et des Chiroptères de Franche Comté

L’apron espèce menacée d’extinction et les pyréthrinoïdes

publié le9 septembre 2025

L’apron du Rhône, dit aussi dans notre région le roi du Doubs (en fait, le rugueux du Doubs, de par ses écailles bien raides), est un poisson de fond du bassin du Rhône. Zingel asper L. fait partie de la famille des Percidés. Il occupait en 1900 quelques 2 200 km de cours d’eau uniquement du bassin du Rhône ; en 2010, on ne le trouvait plus que sur 240 km de linéaire de cours d’eau, essentiellement sur la Durance et l’Ardèche. Quelques populations fragmentées et relictuelles s’observent encore sur la Loue et le Doubs franco-suisse : cette espèce semble y continuer son déclin, avec une diversité génétique très faible.

Faisant moins de 20 cm de long, il s’agit d’une espèce nocturne, vivant sur le fond de la rivière et dont le régime alimentaire adulte semble être spécialisé sur quelques espèces d’insectes (des éphémères). Il fréquente les rivières à moins de 700 m d’altitude, avec un fond de galets, de blocs et des zones de courants variables : mais il ne supporte pas les forts courants comme la truite.

L’apron est une espèce protégée en France depuis 1988. Des programmes d’études et de protection ont été initiés visant à renforcer ces populations, avec des ouvrages permettant le passage de seuils ou de barrages. Le dernier en date est le « Plan national d’actions 2020-2030 en faveur de l’apron du Rhône ». Et concernant le Doubs franco-suisse, des actions conjointes des deux pays sont en cours. Restauration de la continuité écologique et amélioration de la qualité des eaux sont les grands axes des actions en cours. C’est surtout sur ce domaine que des progrès devraient sans doute être réalisés : limitation des usages des milliers de micropolluants, et à tout le moins, leur traitement spécifique en station d’épuration des villes et agglomérations, à l’instar de ce qui se fait en Suisse.

C’est dans ce cadre que s’est posée récemment la question des insecticides pyréthrinoïdes, côté suisse, particulièrement. Côté français, cette courte étude fait le point sur la prise en compte de ce groupe de molécules biocides, comment elles sont recherchées par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée et Corse (données brutes Naïades) et comment on les retrouve dans différents compartiments de la rivière (eau libre, sédiments, gammares) entre 2018 et 2025.

Les pyréthrinoïdes sont de molécules industrielles biocides dont la structure est inspirée des pyréthrines, molécules-insecticides naturels du pyrèthre de Dalmatie (Tanacetum cinerariifolium (Trevir.) Sch.Bip.) une marguerite du sud-est de l’Europe dite aussi chrysanthème insecticide. Seize de ces molécules sont recherchées dans les eaux françaises, leur présence, rare en concentration quantifiée, étant vraisemblablement liée à des usages vétérinaires et des traitements propres à la filière bois.  (Gilles Sené, ).