Liberté, dignité, habitabilité.
Une judicieuse proposition de lecture pour la rentrée :
« Liberté, dignité, habitabilité. Donner au siècle la valeur qui lui manque« . Un manifeste écrit par Morizot B. et Neyret L. – Septembre 2026
Baptiste Morizot est un philosophe spécialiste des relations entre l’homme et le reste du vivant, tandis que Laurent Neyret est un juriste impliqué au plus haut niveau dans l’évolution du droit français spécifique au domaine de l’environnement (le mal-nommé…, car il consacre la séparation de l’homme du reste du vivant).
C’est devant le constat de l’inefficacité du droit de l’environnement à permettre de conserver le vivant bien vivant, alors qu’en France, il est riche en principes, lois, décrets, règles, depuis la Constitution jusqu’aux déclinaisons locales, que nos auteurs ont décidé une réflexion commune qui a abouti à des travaux dont ce manifeste représente la déclinaison grand public.
Un peu d’histoire : jusqu’au Siècle des Lumières, le droit existant ne s’appuyait que sur le besoin de maintenir au pouvoir certaines castes socio-économiques ; mais à partir du XVIIIième siècle, la liberté devint une valeur cardinale, indiscutable, sur laquelle devait s’appuyer le droit qui s’écrivait. Et elle se retrouve tout logiquement dans les Droits de l’homme, comme premier principe.
Le XIXième et les luttes sociales permirent à l’égalité de devenir de fait une valeur cardinale du droit. Le XXième siècle avec la mort industrialisée nazie et le Procès de Nuremberg érigea la dignité humaine au rang intangible de valeur cardinale sur laquelle construire le droit, quelle qu’en soit l’échelle : locale, nationale ou internationale.
Autre constat actuel, très inquiétant, c’est l’effondrement du vivant terrestre qui domine le XXième siècle et le début de XXIième siècle, et ce, dans une incompréhensible et condamnable indifférence, alors que la survie humaine lui est très étroitement liée. Les causes en sont multiples, humaines pour leur très grande majorité :
- dégradation des eaux, des sols, suite à l’irruption de molécules industrielles, durablement toxiques, car le vivant ne les connait pas et ne les maîtrise pas,
- destruction, artificialisation des territoires et des écosystèmes toujours croissantes,
- bouleversements climatiques en cours,
- brassages d’espèces (ce qui induit le statut d’invasif à certaines d’entre elles)…
Et nos auteurs en arrivent à énoncer le besoin d’une nouvelle valeur cardinale pour écrire le droit à venir, une nouvelle valeur indiscutable : c’est l’habitabilité d’un territoire, d’une région ou de la planète, tant les brassages planétaires (atmosphère et océans, cours d’eau et cycle de l’eau) en assurent la continuité. Cette valeur serait la valeur première du droit, car être libres, égaux et respectés dans sa dignité nécessite déjà que les conditions de vie (l’habitabilité) soient pleinement réunies.
Dans ce nouveau contexte juridique, l’usage de pesticides, par exemple, ne serait plus un droit, on ne serait plus libre d’en utiliser, on ne pourrait plus jouer avec les règlements, les lois pour les épandre ; avant toute chose, le respect de l’habitabilité devra être démontré avec leur usage. Il s’agirait donc d’un renversement complet des processus décisionnels, lesquels évolueraient avec la construction d’un droit des pesticides compatible avec le respect du vivant, et sur l’échelle de temps la plus longue possible.
Certes, cela n’empêchera pas les infractions, de même que le droit à la dignité humaine n’a pas empêché la torture, les meurtres, massacres et génocides, mais le risque de se retrouver devant un tribunal est devenu une réalité pour leurs auteurs.
Et ce serait une grande avancée juridique que la mise en place de cette nouvelle valeur cardinale dans tout ce qui soutient le droit : un long chemin reste sans aucun doute à parcourir, mais c’est une porte qui s’ouvre et une espérance ; mais la reconnaissance de l’habitabilité dans le droit est urgente, vitale.
Notons enfin que l’attribution d’une personnalité juridique à des cours d’eau comme en Nouvelle-Zélande va dans ce sens de l’histoire du droit, en le recentrant sur une entité non humaine.
Ce manifeste, très bien écrit de plus, est à lire absolument et à diffuser ! (Gilles Sené)
-> Chez Gallimard Tracts, Grand format – Avril 2026 – Prix : 4,90 €
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